Les premières estimations de surfaces pour la campagne 2026 font apparaître une baisse très préoccupante des surfaces de maïs grain, confirmée à ce stade par les données de l’institut technique Arvalis et par l’AGPM.
Alors que partout en France, les semis de maïs ont largement débuté dans des conditions plutôt propices et satisfaisantes, les premières estimations de surface pour cette nouvelle campagne inquiètent. La baisse des surfaces de maïs grain est aujourd’hui estimée entre -10 et -15 % au niveau national (1,33 Mha), tandis que les surfaces de maïs fourrage (1,20 Mha) et de maïs semences (63 000 ha) seraient globalement stables. Pour le maïs doux, les prévisions font état d’une nouvelle baisse en 2026, représentant -4% par rapport à 2025 et -40% depuis 2023. On constate de fortes disparités régionales, avec des reculs nettement plus marqués, au-delà de –15 % dans plusieurs bassins majeurs, notamment en région Centre, dans le Sud-Ouest et en Poitou-Charentes alors que la Bretagne ou l’Alsace restent stables.
Une baisse multifactorielle, révélatrice d’un malaise profond
Cette contraction des surfaces de maïs grain, traduisant une perte de capacité productive inquiétante pour la filière maïs, s’explique par plusieurs facteurs cumulatifs :
- Un arbitrage partiel en faveur des céréales d’hiver, dont les surfaces progresseraient de près de +300 000 hectares par rapport à 2025 pour revenir à un niveau de moyenne à 5 ans ;
- Les restrictions cumulées et successives des moyens de production tels que les solutions phytosanitaires, les outils d’innovation variétale, l’accès à l’eau ;
- Mais aussi et surtout, une situation de trésorerie extrêmement dégradée dans les exploitations, alors qu’au moment où les charges d’implantation du maïs impactent la décision de semer sont plus élevées que pour les autres cultures ;
- Le tout dans un contexte de hausse continue des coûts de production : prix du gaz, des engrais et du GNR, qui pèse lui aussi lourdement sur les décisions de semis.
Le paradoxe d’une culture pénalisée malgré des conditions favorables
Cette situation est d’autant plus alarmante qu’elle intervient alors que les conditions agronomiques sont objectivement favorables :
• Des conditions de semis globalement bonnes, avec des températures et un climat adaptés sur l’ensemble du territoire ;
• Un bon niveau de recharge hydrique des sols et un remplissage quasi-total des nappes et réservoirs, grâce à des pluies régulières tout au long de l’hiver.
La baisse des surfaces ne s’explique donc ni par le climat ni par l’eau, bien que la question de pouvoir accéder à l’eau reste une inquiétude majeure dans de nombreux territoires, mais bien par l’asphyxie économique des producteurs de grandes cultures. Et dans ce contexte, pour de trop nombreux producteurs, l’alternative au maïs sera peut-être ne pas semer du tout !
Pour l’AGPM, cette évolution constitue un signal d’alarme clair et est bien l’illustration d’une déprise des grandes cultures en général et des céréales en particulier : « Le décrochage et la déprise du secteur des grandes cultures s’illustrent aujourd’hui de manière très nette en maïs grain. Sans réponses rapides et concrètes, c’est l’ensemble de la filière – de l’amont à l’aval – qui sera durablement fragilisée après 3 années consécutives d’exercice négatif et bientôt une quatrième année. Sans décisions rapides, la souveraineté agricole et la compétitivité de la filière maïs sont en jeu. » indique Franck Laborde, président de l’AGPM. « Aussi, nous appelons les pouvoirs publics à agir sans tarder, notamment au travers du projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, afin de travailler à débloquer les moyens de production, à assurer l’accès à l’eau et le développement du stockage, mais aussi à garantir des mesures de soutien à la trésorerie des exploitations. Si ces mesures n’étaient pas garanties et mises en oeuvre, les producteurs asphyxiés n’auront pas d’autre issue que de retourner dans la rue. »