AGPM Info économique N°611 Juillet-Août 2026

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Loi d’urgence agricole : la victoire du bon sens sur les caricatures grossières

La loi d’urgence agricole est adoptée. Mais au-delà du résultat, une question demeure : comment en est-on arrivé à rendre aussi impossible un débat pourtant essentiel à notre avenir collectif ?
Pendant des semaines une partie des échanges a confiné à la caricature grossière et insultante.
Défendre l’irrigation, c’était vouloir assécher la France. Défendre des solutions phytosanitaires, c’était empoisonner nos enfants. Cette vision manichéenne est une impasse. L’agriculture mérite mieux que les slogans, les procès d’intention et l’idéologie permanente. La France devra pourtant continuer à parler d’eau, de protection des cultures et de compétitivité. Mais elle ne pourra le faire sereinement qu’en remettant la science, les faits et la raison au coeur du débat.

Le chiffre du mois
510, c’est le nombre de parlementaires ayant voté en faveur de la loi VS 335 ayant
voté contre.

MARCHÉS
UN ÉTÉ SOUS TENSION

L’accentuation des tensions géo-politiques comme des aléas climatiques mettent les prix du maïs sous tension.

Des bilans qui se tendent
Malgré des récoltes en cours jugées record en Argentine (64 Mt) et au Brésil (142 Mt), les tensions sur le bilan mondial du maïs se sont renforcées ces dernières semaines. Aux États-Unis, la forte demande pour le maïs américain a de nouveau été confirmée en juin, conduisant l’USDA à abaisser de 3,2 Mt sa prévision de stocks pour la campagne 2025/26, à 51 Mt. Ceux-ci pourraient encore reculer dans les semaines à venir, les performances à l’export semblant toujours sous-estimées.
Pour la campagne 2026/27, l’USDA a confirmé le 30 juin son estimation de surfaces de printemps. Avec 35,4 Mha, elles reculent sur un an mais demeurent les deuxièmes plus élevées depuis près
d’un siècle. Après des semis réalisés dans de bonnes conditions, le maïs américain abordait la floraison avec des perspectives favorables. Les opérateurs s’inquiètent désormais d’un temps
chaud et sec persistant dans l’ouest de la Corn Belt, susceptible de peser sur les rendements. Malgré l’importance des surfaces, l’équilibre du bilan américain reste vulnérable à un aléa climatique alors que les stocks de fin de campagne sont attendus, du fait d’une demande soutenue, à 45,5 Mt. Si les craintes de tensions émergent à l’échelle mondiale, elles sont déjà bien visibles dans l’UE. Les surfaces de maïs grain sont tombées sous les 8 Mha. À cela s’ajoutent des canicules répétées affectant particulièrement la France, mais aussi, dans une moindre mesure, l’Allemagne, la Hongrie, la Pologne… Ces aléas dégradent fortement le bilan européen et ont provoqué depuis la mi-juin une hausse de 50 €/t sur l’échéance novembre 2026 d’Euronext. Celle-ci atteint désormais le seuil de résistance historique des 250 €/t.

Fortes tensions géopolitiques
La hausse des prix liée aux aléas climatiques, notamment en Europe, est également alimentée par un regain marqué des tensions géopolitiques. En Iran d’abord, où la reprise des hostilités, après un cessez-le-feu de courte durée avec les États-Unis, et la fermeture du détroit d’Ormuz ont de nouveau fait remonter les prix des engrais et du pétrole. À court terme, cette hausse soutient celle du maïs, en particulier à Chicago, en raison du lien étroit entre le maïs américain et la production d’éthanol.

En réponse, la Russie a intensifié ses frappes contre les infrastructures portuaires ukrainiennes et des navires à proximité d’Odessa, perturbant fortement les exportations ukrainiennes. Combinée au retard des exportations brésiliennes, cette situation favorise les États-Unis pour l’approvisionnement de l’UE en maïs dans les prochaines semaines et entretient la fermeté des
prix européens. À ces niveaux de prix, les acheteurs restent toutefois discrets et réévaluent leurs options – importations de maïs, substitution… de quoi limiter à terme cette tendance haussière.

LOI D’URGENCE AGRICOLE
DES AVANCÉES UTILES, MAIS UNE BATAILLE LOIN D’ÊTRE TERMINÉE

Adoptée définitivement après un parcours parlementaire dense, la loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles promise par le gouvernement après les manifestations du réseau FNSEA-JA et de leurs associations spécialisées en début d’année 2026, marque une étape importante pour le monde agricole. Présenté par le Gouvernement le 8 avril 2026 et examiné en procédure accélérée comme demandé par les filières au Salon de l’Agriculture, le texte a été adopté
par l’Assemblée nationale le 20 juillet puis par le Sénat le 21 juillet 2026, après un accord trouvé en commission mixte paritaire. Pour l’AGPM, ce texte ne règle évidemment pas tout, mais il traduit
une prise de conscience : sans moyens de production, sans eau, sans solutions de protection des cultures, il n’y aura ni souveraineté alimentaire, ni maintien de la production agricole de l’Hexagone. Car la souveraineté agricole ne peut rester un slogan. Elle suppose de produire, de protéger, d’investir, d’irriguer quand c’est nécessaire, et de ne pas laisser les agriculteurs français prisonniers de contraintes que leurs concurrents ne subissent pas.
Rappelons-le, cette loi intervient dans un contexte lourd et sans précédent : sécheresses extrêmement précoces, aléas climatiques plus fréquents, pression sanitaire, concurrence européenne et internationale, distorsions de normes, difficultés économiques dans les exploitations. Elle entend répondre à trois priorités exprimées par le monde agricole : sécuriser l’accès à l’eau, garantir l’accès aux moyens de production et mieux protéger les exploitations. C’est bien sur ce terrain que l’AGPM a longuement travaillé pour porter les positions de la filière maïs,
en particulier sur le volet eau.