AGPM Info Technique N°544 Mars 2026

Télécharger

Azote : optimiser ses apports

La fertilisation azotée représente le premier poste des charges opérationnelles du maïs. Avec la volatilité actuelle des prix des engrais et l’incertitude sur les marchés agricoles, chaque unité d’azote doit être pensée comme un investissement. L’objectif n’est plus seulement d’atteindre le rendement maximal, mais d’optimiser la marge
nette par hectare.

Le chiffre du mois : 14 % des charges, c’est ce que représente le poste fertilisation.

FERTILISATION AZOTÉE DU MAÏS : COMMENT SÉCURISER VOTRE MARGE DANS N CONTEXTE DE PRIX TENDUS ?

Le marché mondial des engrais traverse une période de fortes turbulences. Pour les producteurs agricoles, ces évolutions ne sont pas abstraites : elles influencent directement les coûts de production, la disponibilité des intrants et les stratégies d’approvisionnement. Le poste fertilisation représente le 1er poste de charges opérationnelles et 14 % des charges totales (sources Fermothèque ARVALIS 2025). L’optimisation de la stratégie de fertilisation est donc de mise pour que chaque unité apportée soit la plus efficiente possible.

LE BON NIVEAU DE FERTILISATION : VISER LA MARGE, PAS LE RENDEMENT MAXIMAL

Le rendement maximal atteignable n’est pas toujours le plus rentable. La courbe de réponse du maïs à l’azote montre qu’au-delà d’un certain seuil, chaque unité supplémentaire rapporte de moins en moins et que le dernier quintal produit est souvent le plus cher. À partir de l’analyse de 164 essais historiques comportant des courbes de réponse à l’azote pour le maïs, ARVALIS a constitué une matrice illustrant les variations d’écart de dose d’azote à apporter entre une parcelle conduite
à l’optimum technique (où l’on vise à maximiser le rendement) et une parcelle conduite à l’optimum technico-économique (où l’on vise à maximiser la marge brute) en fonction du prix de l’azote et celui du maïs (figure 1). En 2026, considérant que les achats d’engrais ont été pour la majorité couverts courant automne avant les augmentations fortes de ce début d’année, on peut considérer un prix moyen de l’azote autour de 1 à 1,50 €/unité. A ces niveaux de prix, les ajustements de dose sont
assez faibles, très proches de la dose habituellement préconisée. Une baisse de 10-20 unités peut être envisagée pour des prix de l’azote plus élevés et si le cours du maïs reste assez faible autour de 180 €/t. Si le cours du maïs devait remonter comme observé ces derniers jours, soutenu par un contexte géopolitique complexe, dans ce cas, aucun ajustement n’est à envisager, la dose habituellement préconisée reste de mise. Une fertilisation légèrement ajustée ne pénalise généralement pas les rendements mais conduit à des améliorations de marges relativement limités de l’ordre de 20-30 €/ha en moyenne dans le contexte de prix actuel. Si des baisses plus importantes de la dose d’azote peuvent souvent être gagnantes, dans un certain nombre de situations, les pertes de rendement consécutives sont trop importantes et pénalisent fortement la marge.

NE PAS SURESTIMER LES BESOINS EN AZOTE

Au-delà des ajustements de doses en réponse aux variations de prix d’achat des intrants azotés et de vente des grains, l’enjeu économique associé à un calcul précis de la dose totale prévisionnelle reste le premier levier d’amélioration des marges. Celle-ci doit tendre vers la dose d’azote minimale permettant d’exprimer pleinement le potentiel de rendement. Le calcul de cette dose totale d’engrais à apporter, dite « dose X », repose à la fois sur les besoins de la culture (dépendant du potentiel de
rendement) et sur différents postes de fourniture (figure 2). Si l’exercice n’a rien de complexe, il repose sur un certain nombre d’hypothèses ayant un impact fort, comme le rendement de la culture ou la fourniture du sol (minéralisation). Il doit être actualisé chaque année, à l’échelle de chaque parcelle ; avec une plus grande variabilité pour les systèmes en sec pour lesquels les paramètres de l’équation dépendent pour beaucoup de la pluviométrie.

L’équation de calcul des besoins est la suivante :
Besoins en azote du maïs = (objectif de rendement x besoin unitaire) + azote non extractible Les besoins unitaires sont de 2.1 à 2.3 unités d’azote par quintal produit (plus élevés en potentiel limitant). L’azote du sol non extractible varie de 10 à 40 unités d’azote selon le type de sol. Une fois ces besoins estimés, il faut ensuite intégrer les fournitures d’azote provenant d’autres postes que les engrais (figure 2). Devra également être considérée, l’efficience de l’engrais apporté qui est de l’ordre de 60 % au semis et 80 % après 4 feuilles.

L’ENGRAIS LE PLUS RENTABLE EST CELUI QUE LE SOL FOURNIT GRATUITEMENT

Connaître le reliquat d’azote minéral sur la profondeur d’enracinement au moment du semis est la première étape d’ajustement de la fertilisation. Cette quantité d’azote
disponible est directement déduite dans le calcul de la dose à apporter. Certaines régions diffusent chaque année des synthèses de campagnes de mesures et une modélisation est utilisée dans le Sud- Ouest pour fournir cette estimation. L’azote issue de la minéralisation de l’humus du sol pendant le cycle doit également être considéré. La quantité d’azote fournie dépend du type de sol, de l’irrigation éventuelle et de la durée du cycle du maïs. Pendant le cycle du maïs, la minéralisation de l’humus est particulièrement active : il convient donc de s’appuyer sur les référentiels régionaux.

VALORISER L’AZOTE FOURNI PAR LES COUVERTS VÉGÉTAUX

Les résidus restitués par la culture précédente ou par une culture intermédiaire participent également aux fournitures du sol. Leur effet peut être positif (cas des légumineuses) ou négatif (cannes de maïs, pailles de blé). Des abaques du COMIFER, intégrés dans les référentiels régionaux, permettent d’estimer ces contributions.
L’estimation précise de la restitution d’azote d’une culture intermédiaire est souvent délicate : la teneur en matière sèche varie selon la date de semis, la date de destruction et l’espèce choisie. La teneur en azote, quant à elle, diminue lorsque la biomasse augmente en raison d’un phénomène de dilution. La méthode MERCI, disponible sur methode-merci.fr, simplifie largement cette estimation. À partir d’un simple prélèvement de biomasse fraîche, elle détermine l’azote potentiellement
disponible pour la culture suivante.

D’AUTRES FOURNITURES SONT À CONSIDÉRER

Les apports organiques réalisés avant la culture de maïs peuvent également réduire la facture. Leur contribution dépend de leur teneur en azote, du coefficient d’équivalence à un engrais minéral (Keq) et de la quantité épandue (Quantité de produit brut × Teneur en azote total × Keq). Et enfin, l’eau d’irrigation peut fournir une quantité non négligeable d’azote minéral. Pour l’évaluer, il suffit de multiplier la teneur en nitrates de l’eau par le volume d’irrigation prévu jusqu’à trois semaines après la floraison.

ADOPTER UNE STRATÉGIE GAGNANTE

Le fractionnement de l’azote assure une meilleure valorisation de l’engrais apporté. Si le reliquat d’azote dans le sol excède 60 unités, aucun apport n’est conseillé au semis, hormis via l’engrais starter (DAP) qui est préconisé dans une majorité de situations. Dans le cas contraire, un apport de 40 unités est envisagé. L’apport principal doit avoir lieu entre 6 et 10 feuilles pour accompagner les besoins du maïs qui s’accélèrent à partir du stade 8-10 feuilles pour être au maximum de l’absorption autour de la floraison. Si l’apport principal excède les 100 unités, un fractionnement en 2 apports assurera une meilleure efficience. L’apport le plus conséquent est positionné le plus tardivement. Les conditions d’apport sont aussi primordiales pour limiter les risques de perte directe par volatilisation : pluies indispensables après l’apport voire
enfouissement. Pour esquiver une période de sec, le fractionnement est là encore une stratégie intéressante. Quant au choix de la forme d’azote, il doit intégrer plusieurs éléments : prix de l’unité, efficience, risque de volatilisation et conditions d’application. Dans des essais conduits par ARVALIS et ses partenaires, l’ammonitrate est plus
performant que l’urée avec 4,7 q/ha de plus apportés par la forme ammonitrate (apport fractionné, pas d’enfouissement). Attention cependant, aux risques de brûlure :
l’ammonitrate est déconseillé en plein après 4-5 feuilles. D’autres formes peuvent être intéressantes sur un plan technique comme l’ajout à l’urée d’inhibiteurs d’uréase
ou les formes « retard » (urée enrobée) qui améliorent l’efficience en limitant le risque de volatilisation. Dans nos essais, les inhibiteurs d’uréase ajoutés à l’urée ont une plus value sur le rendement de 1,8 q/ha. Pour les engrais de type urées « enrobées », les résultats varient selon les produits considérés mais leur positionnement reste technique (adéquation de la dynamique de libération de l’azote avec les besoins de la culture). En fonction des prix d’achats des différentes formes azotées, l’impact sur
la marge est variable (figure 3). Le prix de l’unité d’azote est à la base inférieure pour l’urée par rapport à l’ammonitrate. Mais l’urée a connu de plus fortes augmentations en début d’année. Sur la base de nos hypothèses, un léger avantage économique de l’ammonitrate sur l’urée est constaté. L’écart se creuse si on considère des prix plus élevés pour l’urée par rapport à l’ammonitrate et/ou pour des prix du maïs en hausse.