Salon 2026 : voir clair derrière les discours
Le Salon de l’Agriculture 2026 l’a une nouvelle fois confirmé : pour les céréaliers, cet événement reste incontournable. Incontournable pour faire entendre la réalité du terrain, défendre notre modèle et rappeler le rôle stratégique des grandes cultures. Mais il est aussi profondément politique. Jeux de posture, annonces calibrées, silences révélateurs : on y prend le pouls de la vision agricole des pouvoirs publics. Certes, ce Salon est loin de nous avoir apporté toutes les réponses, mais nous étions préparés, avec nos collègues des AS grandes cultures, pour faire comprendre la situation, et bousculer, autant que de besoin nos gouvernants. À nous, collectivement, de tirer les enseignementsde cette édition pour la loi d’urgence à venir et d’affûter nos messages afin de préparer 2027 avec lucidité, exigence et détermination pour porter haut nos enjeux.
Le chiffre du mois : 80, c’est le nombre de rendez-vous politiques réalisés par l’AGPM lors du Salon International de l’Agriculture 2026
MARCHÉS
GUERRE AU MOYEN-ORIENT
La guerre contre l’Iran a fait augmenter le prix du pétrole ce qui a entraîné à la hausse de celui du maïs tout comme de ceux des engrais et du GNR. La situation demeure très volatile.
Le détroit d’Ormuz est bloqué
La nouvelle guerre, après celle de juin2025, entre l’Iran d’une part, les Etats- Unis et Israël d’autre part, a fortement affecté le marché des énergies et des engrais mais a également fait augmenter le prix des céréales dont celui du maïs. En effet, dès les premières heures du conflit, l’Iran a fermé le détroit d’Ormuz, par lequel transite habituellement 20 % de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL), un tiers de la production mondiale d’urée, un quart de la production d’engrais starters et 40 % du soufre, essentiel à la production d’engrais phosphatés. Les produits énergétiques, pétrole et gaz, ont donc fortement augmenté se répercutant sur le GNR, en hausse de plus de 500 €/m3 après un mois de conflit, et sur les engrais, l’urée ayant augmenté de plus de 30 % sur cette même période dans un contexte de prix déjà fortement tendus par la taxation des engrais russes et la mise en place du mécanisme d’ajustement carbone (MACF) au 1er janvier 2026. Les prix des céréales étant corrélés à ceux du pétrole, ils ont également profité de la hausse du baril. En maïs, en ancienne comme en nouvelle récolte, les prix ont ainsi pu progresser d’une quinzaine d’euros par tonne sur un mois. Cette hausse est toutefois mesurée au regard du prix des intrants et la volatilité reste forte, au gré notamment des déclarations des parties prenantes sur une éventuelle réouverture du détroit d’Ormuz. Outre ces premiers effets, si la crise s’avère durable, elle pourrait conduire à des « réactions en chaîne » sur le marché des céréales. Cela vaut tant dans l’hémisphère sud où le maïs est déjà semé mais devra être amené aux ports puis exporté dans un contexte de très forte hausse des coûts de fret, que dans l’hémisphère nord où les semis vont débuter et où des réorientations d’assolement ne sont pas à exclure.
Entrée dans une période de saisonnalité des prix
Si les nouvelles géopolitiques occupent légitimement le devant de la scène, le printemps est aussi marqué par une phase de saisonnalité des prix plus traditionnelle, et à surveiller, liée aux annonces concernant les surfaces américaines de maïs. La 1ère étape de cette phase a été franchie fin février avec l’annonce par l’USDA des premières prévisions de surfaces pour 2026. Avec 38 Mha celles-ci étaient prévues en baisse 1,9 Mha par rapport à 2025 mais restaient les seconde plus hautes surfaces semées des dix dernières années. Dans un contexte très volatil, marqué par la hausse du prix des engrais mais également par de violentes embardées du prix du soja au gré des
annonces concernant une prochaine rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping, la publication de l’USDA du 31 mars sur les intentions de semis était donc très attendue. Celle-ci a surpris les opérateurs avec des intentions de semis en maïs annoncées à 38,6 Mha, en hausse de 541 Kha par rapport aux prévisions de février. Ce chiffre doit toutefois être pris avec précaution compte tenu du faible taux de réponse au sondage de l’USDA et de ce contexte très volatil qui pourrait mener à des ajustements de
dernière minute par les producteurs de la Corn Belt. A la veille du démarrage des semis dans la Corn Belt, l’attention sera désormais portée au rythme des semis en avril et surtout en mai puis à la publication du premier bilan pour la campagne 2026/2027 le 12 mai prochain. Enfin, les opérateurs de marché réagiront à la publication des estimations de surfaces post-semis qui sera publiée par l’USDA le 30 juin avant de se concentrer sur la météo de juillet, au moment crucial de la floraison dans la Corn Belt.
SIA 2026
RETOUR SUR LA 62ÈME ÉDITION DU SALON INTERNATIONAL DE L’AGRICULTURE : DU 21 FÉVRIER AU 1ER MARS 2026
La 62ème édition du Salon International de l’Agriculture s’est achevée après 9 jours d’échanges et de mobilisation intense pour les producteurs de maïs et de grandes cultures. Aux côtés de l’AGPB et d’Intercéréales et en lien étroit avec les autres associations spécialisées grandes cultures de la FNSEA, l’AGPM a participé activement à la promotion et à la défense des filières végétales dont le maïs afin de mettre en lumière les défis majeurs auxquels elles sont confrontées. Chaque année, le SIA constitue pour l’AGPM une occasion incontournable de dialogue direct avec les décideurs politiques : élus locaux, régionaux, nationaux et européens, membres du Gouvernement,
parlementaires et institutionnels. En ce début d’année 2026, marqué par une accumulation de crises pour les grandes cultures, l’AGPM a pu alerter les pouvoirs publics sur l’urgence de la situation : concurrence étrangère déloyale, baisse continue des surfaces cultivées, hausse des coûts de production, effondrements des revenus, dégâts liés aux inondations et problématiques de gestion de l’eau, exigences liées à la transition écologique et surcharge normative. En tout ce sont plus de 80 rendez-vous pour défendre la souveraineté alimentaire, la compétitivité de notre filière et le revenu de nos producteurs qui ont été réalisés : avec le président de la République, le Premier
ministre, le Commissaire européen à l’Agriculture, la ministre de l’Agriculture et un grand nombre d’élus.
Découvrir la culture du maïs : un stand dynamique et pédagogique et une forte mobilisation digitale
Mais le Salon a également été l’occasion de faire découvrir la culture du maïs au grand public au travers d’un très grand nombre d’actions menées par l’AGPM sous la bannière « Cet Épi M’épate » :
• Des quiz interactifs permettant la découverte du maïs et de l’irrigation
• Une animation en réalité virtuelle illustrant la place du maïs dans notre quotidien
• Des dégustations de pop-corn fraîchement soufflé
• Une présence constante de la mascotte Bob Corn et son grain de folie qui capte les foules
Et la mobilisation s’est également prolongée en ligne, puisque le bilan de notre présence digital s’élève à 24 publications autour du Salon, avant, pendant et après l’événement qui ont permis de totaliser plus de 40 000 impressions, plus de 800 réactions et un taux d’engagement d’environ 14 % sur l’ensemble de nos réseaux sociaux
institutionnels : LinkedIn & X.
La filière semences pleinement mobilisée : le bilan de la FNPSMS
La FNPSMS était également présente durant le Salon International de l’Agriculture 2026. Deux témoignages vidéo d’éleveurs, issus de la campagne « Ma vache, mon maïs fourrage et moi » déployée par la FNPSMS, ont été projetés lors d’un événement organisé par Semae entièrement dédié au progrès génétique en maïs fourrage et à sa valorisation au service des élevages. À cette occasion, les actions de développement agricole soutenues par la FNPSMS auprès d’Arvalis en termes de maïs fourrage ont été mis en avant, ouvrant la voie à un débat riche sur l’impact du progrès génétique et sur les enjeux de nutrition animale. Ces échanges étaient essentiels : la
valeur créée par le progrès génétique demeure encore trop peu reconnue, alors même qu’elle constitue un levier majeur pour la performance des filières animales. Une autre table ronde, intitulée « Celles et ceux qui cultivent l’avenir : talents, métiers et diversité au coeur de l’agriculture », a permis de présenter les dispositifs de
recrutement déployés par la filière maïs semence pour la nouvelle campagne 2026, ainsi que les actions de communication menées autour de www.job-semences-mais.fr. Cette table ronde a mis en lumière la diversité des métiers que propose la filière semences, y compris les castreurs ou les techniciens pour l’inspection. Par ailleurs, plusieurs rendez-vous ont eu lieu avec des délégations étrangères et des conseillers diplomatiques agricoles afin de mettre en avant l’excellence des semences françaises et les actions menées par la FNPSMS dans les pays cibles pour développer les marchés.
IRRIGANTS DE FRANCE AU PARLEMENT EUROPÉEN
Quelques mois après la mise en place de la stratégie européenne pour la résilience dans le domaine de l’eau, et alors que la Commission européenne souhaite réviser la
Directive Cadre du l’Eau, Irrigants d’Europe a organisé un évènement au parlement européen sur le sujet de l’irrigation à destination des eurodéputés le 24 mars. Au cours d’une table ronde « Water for Food and Resilient Territories », Eric Frétillère, Président d’Irrigants de France, et Vice- Président d’Irrigants d’Europe a rappelé que si l’Europe veut atteindre ses ambitions de production pour une plus grande autonomie agricole et dans un objectif de décarbonation, cela ne peut se faire sans assurer l’accès à l’eau pour l’agriculture, à travers une vision décloisonnée des enjeux. Cette rencontre qui a réuni une douzaine d’eurodéputés, représente un premier pas vers l’approfondissement du dialogue entre les décideurs politiques, les experts et les usagers de l’eau.
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE L’USARF ET DE LA CHARTE MAÏS QUALITÉ CLASSE A
L’AGPM s’est rendue en Hautes-Landes pour l’AG de l’USARF puis auprès des collecteurs de la grande façade Atlantique dans le cas de l’AG de la charte maïs qualité
classe A. Dans les deux cas, elle a pu présenter un état des lieux des marchés du maïs, pénalisé par un bilan confortable et un euro fort, et des engrais, pénalisé par le conflit en Iran mais également par des mesures européennes (taxation des engrais russes, MACF). Ces réunions ont été l’occasion de partager des perspectives pour la culture du maïs en France dans un contexte international plus que perturbé et de mettre en lumière les actions de l’AGPM tant dans le cadre de l’accès aux moyens de production, notamment à des engrais abordables, que de la défense du marché européen du maïs.