AGPM Info économique N°609 Avril 2026

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Quand produire devient un acte de résistance

Le constat est brutal. Tous les voyants sont au vert pour le maïs : un printemps clément, des sols prêts, un hiver très pluvieux qui a sécurisé la ressource en eau. La nature a fait sa part. Mais les surfaces reculent. Non par choix, mais par fatalité face à une situation désespérante. Contexte économique alarmant, revenus écrasés, trésoreries
dans le rouge. La faute surtout aux choix politiques, qui depuis des années organisent le recul de l’accès aux moyens de production, découragent l’investissement
et fragilisent les exploitations. Ce paradoxe est une faute. Majeure. Pendant qu’on proclame la souveraineté alimentaire, on orchestre la déprise productive. À force
de contraindre, on finit par détruire. Ce ne sont pas les agriculteurs qui abandonnent : on les pousse dehors.

Le chiffre du mois :  -10 à -15 %, c’est le recul potentiel de surfaces de maïs grain pour 2026.

MARCHÉS

BAISSE DES SURFACES EN FRANCE

Alors que les semis débutent dans l’hémisphère nord, les prix des intrants poursuivent leur hausse du fait de la crise iranienne tandis que le bilan mondial du maïs reste lourd et limite les hausses de prix.

Un bilan mondial qui reste lourd

Les nouvelles des dernières semaines sont peu porteuses pour les fondamentaux. Aux Etats-Unis, la baisse attendue à des surfaces est moins importante que prévu d’après les premières estimations de l’USDA et n’est pas de nature, à ce stade, à assainir le niveau des stocks ainsi que devrait le montrer le bilan de l’USDA du 12 mai prochain, le 1er pour la campagne 2026/2027. Les semis ont débuté dans la Corn Belt, sur un rythme relativement rapide. Une réévaluation des surfaces par l’USDA aura lieu à l’issue des semis, le 30 juin prochain. En Amérique du Sud, les analystes argentins revoient à la hausse les surfaces de maïs, en cours de récolte, et par conséquence le potentiel de production. Celui-ci se confirme record, à plus de 60 Mt, ce qui n’est pas non plus
de nature à assainir le bilan mondial. Au Brésil, les semis de maïs safrinha se sont globalement bien déroulés même si le sec menace le Centre-Sud depuis lors. Si les fondamentaux semblent rester lourds à ce stade, la crise iranienne et le blocage persistant du détroit d’Ormuz produisent d’ores et déjà des effets sur les assolements. C’est le cas dans l’hémisphère sud où, par exemple, les producteurs australiens annoncent une baisse des surfaces de blé et où les producteurs brésiliens s’interrogent sur leurs approvisionnements pour les semis de soja qui débuteront en septembre. C’est également le cas pour le maïs dans l’hémisphère nord où les autorités ukrainiennes  annoncent une relative stabilité des surfaces de maïs en 2026 alors qu’une hausse était encore attendue en début d’année. C’est bien sûr le cas en France, où, compte-tenu de la situation renforcée de ciseau de prix, l’AGPM attend une baisse des surfaces de 10 à 15 %. Faute de règlement du conflit, la crise devrait se poursuivre comme le montre le récent appel d’offre indien sur l’urée avec des offres à plus de 950 $/t (environ 800 €/t). Si l’offre céréalière est bousculée par la géopolitique, la demande en maïs s’en retrouve dynamisée comme le montre les récentes décisions de l’Argentine et du Brésil d’accroître la production de biocarburants pour limiter la hausse de
prix de l’essence.

L’Europe du maïs se réorganise

Outre les facteurs géopolitiques conjoncturels qui influencent les décisions d’assolement, il est important de noter que l’Europe du maïs connaît une profonde réorganisation ces dernières années. Alors que l’UE-27 comptait 10 Mha de maïs grain au début des années 2000, elle a perdu 1 Mha pour passer durablement sous la barre des 9 Mha en 2022 et devrait passer sous le seuil des 8 Mha en 2026 ! Cette baisse est liée à de multiples facteurs : manque de compétitivité lié au retrait de moyens
de production, absence de protection douanière efficace par rapport à la concurrence internationale, décisions réglementaires… Cette baisse globale masque cependant
d’importantes différences régionales. Longtemps, le bassin du Danube – Hongrie, Roumanie, Bulgarie auxquels s’ajoutent hors de l’UE la Serbie la Moldavie – a été un pôle de production de maïs majeur et en croissance. Cette dynamique est rompue depuis 2022, notamment sous l’influence d’aléas climatiques estivaux récurrents. Cette
zone a perdu depuis lors 1,2 Mha de maïs grain et son potentiel de production dépasse péniblement 15 Mt quand il atteignait quasiment 40 Mt à son pic en 2019 !
La Roumanie a ainsi cédé sa place de 2e producteur de maïs de l’UE, derrière la France, à la Pologne. En effet, ce pays a quant à lui connu une forte croissance des surfaces – 681 Kha de plus entre 2019 et 2025 – lui permettant de multiplier par près de 3 sa production. Elle atteint désormais les 10 Mt. Cela ne compense toutefois pas les
baisses de volumes observées dans le bassin du Danube, d’autant plus que la logistique vers les principaux bassins de consommation européens est plus complexe depuis la Pologne. Dans ce contexte, malgré d’importantes difficultés, la production de maïs française reste la 1ère au sein de l’UE et en bonne position pour répondre aux besoins de ses voisins.