AGPM Info économie N°603 – Juin-Juillet 2025

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Quand pétition rime avec vindicte populaire

C’est inédit, alors que la loi « Contraintes » vient d’être votée démocratiquement au Parlement, une pétition citoyenne qui s’emballe voudrait faire sa loi et revenir sur ce vote. Si le débat est une caractéristique fondamentale en démocratie, les procès populaires sur fond d’idéologie et de désinformation constituent un danger qu’il faut combattre. Les inquiétudes s’entendent légitimement, mais on constate ici surtout les dérives d’une mobilisation précipitée sur un sujet complexe, au mépris de la science et des agences qui la portent et dans un climat de
violence inadmissible. L’émotion ne doit pas l’emporter sur la raison. Les parlementaires doivent pouvoir continuer de légiférer ; les médecins, de soigner ; les avocats, de plaider et les agriculteurs… de produire pour nourrir !

Le chiffre du mois
1 Mt, c’est le quota de maïs grain que l’Ukraine pourra importer en UE à droits de douane nuls selon la Commission européenne (contre 650 000 t auparavant).Si ce chiffre est important, l’augmentation reste contenue et l’AGPM a surtout permis d’obtenir la classification du maïs dans les produits sensibles pour l’avenir.

MARCHÉS

MAINTIEN DE LA DYNAMIQUE BAISSIÈRE

Perspectives de records américains

Les perspectives de récolte records en Amérique du Sud comme en Amérique du Sud se font plus tangibles et entretiennent la dynamique baissière enclenchée depuis la fin février. C’est d’abord le cas au Brésil où la récolte du maïs safrinha (2ème culture après le soja) où les rendements sont encore meilleurs qu’attendu initialement. Cela pousse les analystes locaux à revoir à la hausse leurs estimations de production et même certains, comme Agroconsult, à annoncer un nouveau record de production avec 150 Mt contre 142 Mt lors du précédent record en 2022/2023.
Aux États-Unis, la très légère révision en baisse des surfaces américaines par l’USDA le 30 juin, – 50000 hectares par rapport aux estimations de mars, n’a pas permis de lancer une dynamique de hausse des prix. Avec 38,5 Mha, les semis de maïs américains restent en effet parmi les plus importants des 20 dernières maïs se déroule avec des conditions météo très favorables ce qui maintient la pression sur les prix. Dans ce contexte, la demande pour le maïs américain, une nouvelle fois revue en hausse par l’USDA en juillet, devra garder sa dynamique, tant sur le plan national qu’à l’export, pour permettre au cours du maïs de retrouver un peu de fermeté. Sur le plan intérieur, les industriels de l’éthanol se satisfont des discussions budgétaires américaines qui ont confirmé d’importants crédits d’impôts dont bénéficie le secteur. Ils s’inquiètent cependant des menaces douanières renouvelées par D.Trump à l’encontre du Canada, leur 1er client à l’export. À l’export, la compétition s’annonce rude sur les marchés mondiaux, dont l’UE, avec un record de récolte au Brésil (2ème exportateur mondial). Malgré tout, le maïs américain garde une longueur d’avance en matière de compétitivité, inhabituelle à cette période, du fait du très net affaiblissement du dollar ces 4 derniers mois et du retard pris par la récolte brésilienne. Par ailleurs, le prix du fret au Brésil sera sous tension compte tenu des volumes de soja et de maïs à faire transiter et les exportateurs brésiliens subiront la compétition des industriels de l’éthanol qui poursuivent leurs investissements et accentuent leur consommation de maïs safrinha.

Retour des questions commerciales

Les incertitudes sont plus fortes sur les perspectives de production en Europe. Au sein de l’UE, les surfaces sont estimées à 8,2 Mha, en retrait de 3 % par rapport à 2024, conséquence de semis de céréales d’hiver qui se sont mieux déroulés en Europe de l’Ouest et d’une modification des assolements dans le bassin du Danube après plusieurs sécheresses estivales. En Ukraine, les surfaces sont restées stables, à environ 4 Mha. Les conditions froides du printemps ont retardé les semis, empêchant la hausse de surfaces de 200 Kha envisagée par les opérateurs quelques mois plus tôt. Le temps chaud et sec, dont l’intensité suit un gradient Ouest-Est, qui touche la France, le bassin du Danube et l’Ukraine, inquiète en pleine période de floraison. Les incertitudes pèsent aussi en matières géopolitique et commerciale. Le bref conflit Israël-Iran a rappelé que malgré des fondamentaux qui se détendent, les risques demeuraient avec une hausse temporaire du prix du pétrole, du maïs – dont l’Iran est un important importateur – et des engrais. Par ailleurs, après une nouvelle prolongation, le 1er août marquera la fin de la « pause » douanière annoncée par D. Trump avec le risque de renforcement massif des droits de douane sur tous les secteurs dont 30 % pour l’UE. Le retour d’un choc douanier mondial risque, comme lors des 1ères annonces
d’avril, de générer une forte volatilité sur les marchés dont celui du maïs et de renforcer de nouveau l’euro. La réaction européenne sera également à suivre. Tiraillée par sa volonté de ne pas rentrer dans une escalade avec D.Trump, l’UE a toutefois préparé des contre-mesures commerciales qui incluent des droits de douane de 25 % sur le maïs américain. Ces droits excluraient cette
origine du marché européen s’ils entraient en vigueur alors que du fait du retard de la récolte brésilienne elle reste encore très sollicitée en ce début d’été par les
importateurs européens.