CEPM Newsletter n°21

Télécharger

Pour une vraie concurrence
Dans ses relations commerciales internationales, l’Union européenne a l’art de se mettre des boulets aux pieds. C’est encore plus vrai en agriculture où les distorsions commencent dès 1962 ! C’est à cette époque que la CEE – pour être autorisée par le GATT (l’ancêtre de l’OMC) à créer le marché commun des céréales – concède aux USA (et aux grands opérateurs) le droit d’exporter sans droit les produits de substitution des céréales (tourteaux de soja, corn gluten feed). Cette concession supposée mineure a totalement déstabilisé l’agriculture européenne dans son ensemble. La multiplication d’accord de libre-échange – récemment le CETA et le MERCOSUR – amplifient l’accès au marché UE de denrées agricoles primaires imposant des tensions plus fortes sur les prix intérieurs, allant jusqu’à rendre importateurs des secteurs jusque-là exportateurs nets.
Ces concessions sans contrepartie directe pour le monde agricole et sans limitation dans le temps sont aggravées par une série de distorsions de concurrence sur les modalités de production. Tandis que l’Union multiplie des contraintes sur la rotation des cultures, l’irrigation, les semences, les traitements, …. Nos concurrents étrangers sont totalement libres d’exporter vers le marché européen des produits semés, cultivés et récoltés dans les conditions refusées dans l’UE !
Cette double peine semble acceptée comme une fatalité, à l’exception des agriculteurs bien sûr, car personne – même pas les ONG vertes, si exigeantes par ailleurs – ne semble en remettre en cause les termes. Personne ? Pas tout à fait. A l’issue du Sommet du G7 à Biarritz, le Président Macron s’est ému de la situation et s’est déclaré désireux de rétablir une relation de concurrence plus équilibrée. Il s’agit d’un enjeu essentiel car aucune réforme réelle de la PAC ne sera possible sans un alignement de nos importations aux règles sanitaires et phyto-sanitaires imposées à nos producteurs. Et on peut espérer que la prochaine Commission, via le Green Deal porté par sa Présidente, saura mettre ce sujet en haut de l’agenda.